Studio SIT est né d’une conviction : la technologie, au service de la scène, peut repousser les frontières du vivant.

Fondé par des chercheurs-créateurs à l’intersection de l’informatique, de la danse contemporaine, du théâtre et des nouveaux médias, SIT développe des dispositifs technologiques pensés pour et avec les artistes. Son modèle repose sur des partenariats stratégiques avec des développeurs, des centres de recherche et des organismes culturels — une écologie d’innovation dont les retombées s’inscrivent directement dans la réalité des productions.

La R&D de SIT s’articule autour de deux axes complémentaires : la création logicielle sur mesure et l’intégration matérielle avancée. Son offre couvre le son immersif ambisonique (en enregistrement, en Livestreaming et en webdiffusion), les environnements de téléperformance permettant à des artistes distants de cohabiter dans une même image en temps réel, et les plateformes de webdiffusion interactive où le spectateur devient acteur.

Ambition Numérique — MCCQ (2021)

C’est dans le silence des salles fermées que Studio SIT a trouvé sa raison d’être.

La pandémie a posé une question brutale au milieu culturel : comment préserver la vie des œuvres quand les corps ne peuvent plus se rassembler ? La subvention Ambition Numérique du MCC a donné à SIT les moyens d’y répondre — non pas en reproduisant le spectacle à la télévision, mais en inventant des protocoles de webdiffusion conçus pour la scène, par la scène.

Capturer le vivant, pas le filmer. Les dispositifs développés par SIT combinaient prise de vue multi-caméras, traitement en temps réel de l’image et du son en qualité cinématographique — et ce, dans des architectures légères, montables rapidement, accessibles financièrement. L’enjeu était de préserver ce qui fait l’essence du spectacle vivant : les dynamiques kinesthésiques, la présence corporelle, la tension dramaturgique. Des productions de Danse Danse — avec des chorégraphes comme Alan Lake, Sylvain Emard ou Virginie Brunelle — ont servi de terrain d’expérimentation réel pour valider et affiner ces approches.

En parallèle, SIT a cofinancé le développement de trois plugins directement intégrés à Isadora, le logiciel de Troikatronix et partenaire historique central de tous les développements de l’organisme :

  • Screen Capture — capture en temps réel de tout ou partie d’un écran, réinjectée dans Isadora pour manipulation, mapping scénique et traitement à la volée.
  • RTMP Streamer — webdiffusion native depuis Isadora, sans passer par des logiciels tiers comme OBS. Plus de simplicité, plus de flexibilité, un flux direct vers toutes les plateformes en ligne.
  • Pythoner — Python au cœur d’Isadora. Un plugin qui ouvre le logiciel à des développements illimités et, dès 2021, aux premières intégrations d’intelligence artificielle — avant même l’irruption des grands modèles de langage.

Ce premier cycle de R&D a établi un principe fondateur qui guide encore SIT aujourd’hui : l’autonomie des artistes plutôt que la dépendance aux plateformes commerciales.

Cultiver — Conseil des Arts du Canada (2022)

Et si la distance n’était plus un obstacle, mais une dramaturgie ?

Fort des apprentissages de la période pandémique, Studio SIT a poursuivi sa réflexion sur ce que le spectacle vivant peut devenir quand les corps sont séparés par des kilomètres — mais reliés en temps réel. La subvention Cultiver a permis de franchir une nouvelle étape : le développement d’IzzyCast, une suite de plugins pour Isadora construite en partenariat avec Troikatronix et Zoom, permettant d’envoyer images, son et données entre n’importe quelles copies d’Isadora dans le monde, via les protocoles sécurisés de Zoom.

Jouer ensemble, de partout. IzzyCast transforme Isadora en réseau de performance distribué : un artiste à Montréal, un technicien à Berlin, une danseuse à Tokyo — tous connectés dans le même espace de création, en temps réel, avec la pleine puissance du logiciel. Créer une session, y inviter des participants, émettre et recevoir des flux vidéo, audio et de données, gérer les sources à distance : tout se passe à l’intérieur d’Isadora, sans détour ni friction.

Mais IzzyCast porte une ambition qui dépasse la performance multilieux. C’est aussi un outil d’accessibilité et d’écoresponsabilité : pour les artistes et technicien·nes à mobilité réduite, il réduit les déplacements contraignants ; pour l’ensemble du secteur, il contribue à diminuer l’empreinte carbone des arts vivants multidisciplinaires et numériques.

La téléperformance n’est plus une solution de rechange au vivant. Avec IzzyCast, elle en devient une extension.

Cultiver — Conseil des Arts du Canada (2023)

Et si on pouvait entrer dans une œuvre — pas seulement la regarder ?

Avec ce deuxième volet Cultiver, Studio SIT a franchi la frontière entre la scène et l’immersion totale. Le défi : intégrer la vidéo stéréoscopique 180° ainsi que le son ambisonique d’ordre supérieur (HOA), directement dans Isadora et permettre aux artistes de composer des expériences où le spectateur navigue dans l’œuvre, visuellement et acoustiquement, en temps réel.

Voir où on regarde. Entendre où on écoute. Un webplayer et une application pour casque VR sont actuellement en développement. Deux interfaces complémentaires qui permettront à l’utilisateur de se déplacer entre plusieurs enregistrements stéréoscopiques, de zoomer simultanément sur un interprète et sur sa source sonore, d’orienter son écoute comme son regard en six degrés de liberté, visuel et audio liés. Une chorégraphie pourra être re-vécue d’un autre angle. Un quatuor, réécouté depuis le violoncelle.

Pour rendre cela également possible à l’intérieur d’Isadora, SIT a été partenaire de développement pour une suite de plugins audio dédiés à la spatialisation et au routage immersif. Lecture de fichiers HOA avec traitement spatial en temps réel, reconfiguration dynamique des architectures de diffusion multicanal, assignation précise des sorties vers n’importe quel système. Des écouteurs au dispositif de diffusion ambisonique en salle.

Ce n’est plus de la captation. C’est une nouvelle forme scénique en gestation où l’archive devient expérience, où la distance devient point de vue, et où chaque spectateur composera sa propre version de l’œuvre.

Cultiver — Conseil des Arts du Canada (2024)

Et si on pouvait mesurer l’effort invisible — la tension dans le corps de l’interprète — en temps réel, sans aucun capteur ?

C’est le pari scientifique et artistique au cœur de ce troisième volet Cultiver. Studio SIT développe un outil capable de calculer la tension musculaire des principaux groupes du corps en temps réel, par inférence biomécanique — sans combinaison, sans électrodes, sans infrastructure spécialisée. Un paramètre d’interactivité inédit pour les arts vivants : non plus ce que fait le corps, mais l’intensité avec laquelle il le fait.

Pour alimenter ce calcul, SIT développe en parallèle un outil de capture du mouvement 3D s’appuyant sur une à quatre webcams ordinaires. Ce n’est pas là que réside l’innovation — des solutions comme Kinect ou MediaPipe font déjà de la capture de mouvement. Ce qui est nouveau, c’est ce qu’on fait avec ces données : les traduire en tensions musculaires calculées, exploitables pour déclencher du son, transformer l’image, moduler la lumière.

L’effort d’un danseur, la retenue d’un acteur, la fatigue qui s’accumule — autant d’états corporels jusqu’ici invisibles qui deviennent des paramètres de mise en scène. Le corps cesse d’être un déclencheur. Il devient une partition.